Vivre dans la grâce du publicain

 

Témoignages

 

 

Email reçu le 12 novembre 2005

Je suis divorcé et remarié. Merci de m'avoir ouvert les yeux sur ce chemin du pharisien et du publicain. J'ai pris cette décision de fidélité envers l'Église et son magistère. Je n'irai plus communier et je n'irai plus me confesser puisque, avec la femme adultère, nous avons désormais la même faute de relation illicite.
De plus j'aime mon amie et ce ne sera que la mort qui pourra me faire cesser de l'aimer. J'ai beaucoup souffert cette semaine et mon coeur s'est ouvert à cette souffrance de ceux que l'on abandonne, de ceux qui restent seuls, j'ai compris que personne ne peut comprendre l'autre s'il n'est pas passé par la même souffrance. J'ai senti mon néant, mon incapacité à prier sans sa grâce.
Je ne suis rien sans lui et son soutien, comme j'étais orgueilleux dans ma foi .

A chaque communion je suis humilié de rester dans les bancs mais comme tu l'as dit, ce chemin mène directement au ciel.

Je remercie notre Seigneur pour ces paroles, je remercie aussi ta femme et tes enfants qui acceptent ce don de ton temps pour les autres.

Email de la même personne reçu le 5 janvier 2006

Cher Arnaud,

Que ce chemin est dur ! Mon DIEU QUELLE HUMILIATION de rester ainsi dans les bancs à la communion. J'ai l'impression d'avoir tué père et mère, et j 'arrive à comprendre aujourd'hui pourquoi certains s'éloignent de la sainte messe...

Mon amie, elle, va se présenter devant le prêtre avec les mains en croix. Je lui ai dit que pour moi c'est un geste d'humilité difficile à faire, car à vrai dire, je n'en comprend pas trop le sens. Peut-être est ce là la clef de cette spiritualité?

Réponse à la même personne reçu le 5 janvier 2006

Ce que fait votre amie est très beau ! C'est le geste des enfants n'ayant pas fait leur première communion ! Comme votre amie prend les choses avec un grand esprit positif. C'est sûrement la clef, comme vous dites: "Le publicain repartit béni".

 

 

 

 

 

 


LETTRE D'UN PAROISSIEN A SON CURÉ

Michel Ciry, Le retour de l'Enfant prodigue

L'OBJECTION

Un groupe de prêtres, Charleroi, le 12 mai 2003

Un groupe de prêtres belges m'a écrit leur scandale face à la nouvelle encyclique du pape Jean-Paul II qui rappelle l'interdiction faite aux divorcés remariés de communier.  

RÉPONSE

Chers amis, vos réflexions sont intéressantes et partent de votre profond souci pastoral. Merci pour elles.

Je suis heureux de vous faire part des miennes. Elles vous intéresseront peut-être car j’ai été confronté à ce cas de conscience il y a quelques années. Il y a 15 ans, un ami a vécu un divorce douloureux et « passif ». Depuis, il a profondément "pensé" cette spiritualité.

Voici son témoignage (reproduit sans son nom) :

 

 

À partir de cette expérience, je pense pouvoir dire que, selon moi, il n’y a pas d’opposition réelle entre la position disciplinaire de l’Église et l’amour. Car c’est là, n’est-ce pas, que se situe le profond problème de conscience que vous manifestez face à l’encyclique sur l’eucharistie.

 A cette époque, pour faire la paix avec ma conscience et par respect pour l’Église, il a d’abord fallu que je me remette face à l’Évangile. En particulier, j’ai dû me confronter au mystère de l’eucharistie. Vous dites (page 2) «  qu’elle est la participation au don total du Christ »,  et c’est vrai. La question qui m’est venue tout de suite à l’esprit à l’époque, était la suivante : « Le Christ ne se donne-il plus à quelqu’un qui ne peut plus communier ? » Vous savez bien, étant théologiens, qu’il n’en est rien. Il se donne d’abord dans la prière, mais aussi dans l’amour du prochain. Il vient réellement quand on s’adresse à lui cœur à cœur. Ce peut être au sein de la nature ou quand on le prie grâce à la musique. Ne croyez pas que je relativise l’eucharistie. Bien au contraire. Mais, sans ce préalable, comment comprendre que celui qui ne peut plus communier  n’est pas excommunié ?

 Ensuite, mais ensuite seulement, j’ai pu me poser en vérité la question de mon avenir concret de chrétien. A 23 ans, avant que l’Officialité déclare mon mariage invalide, je me suis demandé si j’attendrais le reste de ma vie dans la fidélité ou si je me remarierais.

 Je suppose que vous pensez que je me suis cru confronté à deux choix : « Vivre pendant 50 ans le martyre d’une vocation de fidélité envers une femme partie depuis longtemps, ou être excommunié. »

Permettez-moi de vous détromper. Jamais je n’ai cru cela car ce n’était absolument pas ce que je lisais dans les quatre évangiles, comme dans la pensée profonde des docteurs mystiques (Thérèse d’Avila, Thomas d’Aquin) ou du magistère de l’Église.

1° Il y avait d’un côté un appel du Christ à imiter, dans la fidélité, l’amour qui a motivé sa venue sur terre : « il est mort pour nous alors que nous ne l’aimions pas. » Je comprenais parfaitement que ce premier choix avait la préférence du Christ mais qu’il était humainement impossible. Il était lié à une grâce surnaturelle.

2° L’autre choix était celui de l’humilité : si je me remariais, je ne pourrais plus communier à l’église mais j’entrerais dans une autre forme de communion, à savoir la spiritualité du publicain décrite par Jésus en Luc 18, 13 : « Le publicain, se tenant à distance dans la synagogue, n'osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant: Mon Dieu, aie pitié.» Je pensais que, si je me remariais, j’irais toute ma vie à l’église, sans communier, et que je dirais à Jésus : « Je sais à quoi tu m’appelais. Aies pitié de moi, je n’ai pas pu  rester seul. » Je savais aussi que, de cette manière, ce serait une vraie communion au Christ. Cela m’était promis par Jésus puisqu’il ajoutait, dans le même texte : « Le publicain, je vous le dis, descendit chez lui justifié. Car tout homme qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé. »

J’espère que ce plaidoyer aura apporté une pierre de plus à votre réflexion. Je sais à quel point, concrètement, il est très difficile au plan pastoral d’amener les chrétiens à préférer l’humilité et l’amour au fait de communier sacramentellement, si l’Église le leur interdit. C’est pourtant, me semble-t-il, le vrai travail des serviteurs du Christ. Car ce qui compte avant tout, ce n’est pas d’avoir communié durant sa vie, mais d’avoir été en communion avec lui. Soyez assurés de mon affection."