La voie de l'amour jusqu'après la mort,

la voie de l'humilité jusqu'à l'amour...

Laquelle est la plus belle?

C'est celle qui allie humilité et amour.

 

 

 

 

Deux petites histoires...

 

Voici deux histoires qui illustrent ces deux voies :

Une de mes amies, mère de quatre enfants, fut abandonnée par son mari après 25 ans de mariage. Il partit avec sa maîtresse et s'installa dans une jolie villégiature au bord de la mer.

Deux ans plus tard, seule dans son appartement de Paris, elle s'était tournée vers la piété et la pratique des sacrements. Admirable comportement, direz-vous? Je vins un jour dîner chez elle. Et pendant tout le repas, elle ne cessait de dire : "Le misérable ! Quand je pense qu'il prend du bon temps avec cette bonne femme !"

Cette voie est une voie d'amour. Cette pauvre femme en avait fait une voie d'aigreur et de haine. Et je pensais dans mon cœur : "Vous feriez mieux de vous remarier. Vous ne pourriez pas communier mais au moins, vous sauveriez votre âme par l'humilité." Comment lui dire, pensais-je? Comment lui expliquer, à elle qui se croit fidèle, qu'elle a transformé cette voie de l'amour héroïque en une voie qui ne sert à rien ?

Alors voilà mon avis: l'appel à la fidélité à son conjoint jusqu'à la mort vient du Seigneur. Mais c'est un appel à l'amour, car on retrouve son mari, changé, réconcilié, de l'autre côté. Si cela devient une voie d'aigreur, il faut la fuir et s’engager, avec humilité, dans la voie du publicain.

 

 

Voici une deuxième histoire :

Un de mes amis, marié depuis un an, connut un échec dans son couple. Il avait un caractère angoissé et ne cessait de confier à sa jeune épouse : "Je ne sais si je t'aime encore. J'ai des doutes." Un an plus tard, laminée par cette tension, elle prit la décision de partir.

C'était un homme profondément croyant. Pour lui, la pratique des sacrements était essentielle. Or il retrouva une épouse deux ans plus tard, une femme forte cette fois, qui ne lui permit pas de se laisser aller à ses doutes. Leur union fonctionna. Il eurent quatre enfants. Au bout d'un certain temps, il dit : "Il est évident que c'est l'Église qui a des torts dans sa pratique pour les divorcés remariés. Mon premier mariage était juste une erreur et il ne saurait être question d'être tenu à vie éloigné des sacrements alors que Dieu pardonne. Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes."

De fait, il trouva un prêtre qui partageait son avis, et reçut l'absolution. Il se remit donc à communier, bien que l'Église ait reconnu la validité de son premier mariage. Mais il était devenu fier et très critique pour l'Église. Je voyais se creuser en lui une tension vis-à-vis de sa foi. Le doute le reprenait...

Alors je lui parlai de la voie de l'humilité. Je le fis avec des approches délicates, de peur de froisser sa fierté. Il fallait que je le convainque d'adopter la voie des pécheurs, de ceux qui ne communient plus à la messe, à l'image du publicain de la parabole ... Je lui dis donc : "Nous sommes tous des pécheurs, tu le sais ! TOUS, nous tomberons à genoux quand le Christ paraîtra, que nous verrons son amour et la vraie nature de notre cœur.

Alors tu as une chance extraordinaire. Tu peux, dès cette terre, te comporter en perpétuel acte de contrition devant Dieu. Tu sais très bien que tu as aussi des torts avec ta première épouse. La psychologie et la jeunesse ne sont pas seules en cause.

Alors, si tu l'assumes, tu feras deux choses en une : Tu seras vrai et tu t'accepteras tel que tu es.

                - Tu assumeras une fois pour toutes que tu es un pécheur. Tu n' auras plus de doute à ce sujet. Jésus vient pour nous, pécheurs. Cela te rendra libre !

Tu verras: parce que tu seras vrai devant Dieu et toi-même, tu repartiras béni. Ta vie spirituelle va exploser de grâce car Dieu bénit les pauvres.

Mon ami cessa donc de communier. Il se rend à la messe chaque dimanche et reste assis à sa place. Depuis, il a réellement progressé dans la compréhension de sa foi. Il se croit sauvé. Car il est vrai.

Laquelle de ces deux voies choisir ? Choisissez en priorité celle de l'amour fidèle. On le voit, elle est un appel du Christ, dans la fidélité à votre conjoint parti, à une condition: qu'elle ne soit pas source pour vous de fierté ou d'aigreur. Elle n'a de valeur que comme une sorte de vocation à un amour qui sera épanoui dans l'autre monde : "Qui peut comprendre, qu'il comprenne!"

Si vous ne le pouvez pas, choisissez la voie de l'humilité. Elle est vraiment une voie de bénédiction proposée par le Christ. Mais saurez-vous prendre dans la joie et sans révolte votre place dans l'église, loin des sacrements et proche de Dieu ? Elle n'a de valeur que si vous imitez le publicain: "Mon Dieu, aie pitié... "

 

 

 

 

Jean le baptiste face aux publicains

 

Citation :

L'Évangile ne nous rapporte qu'un mot de l'entretien des Publicains avec le Précurseur, et de la réponse qu'il leur adressa pour les exhorter. « Maître », lui dirent-ils, « que faut-il que nous fassions ? »

Dans l'esprit des Juifs, et surtout de ceux de la secte des Pharisiens, le fils de Zacharie eût dû repousser et éloigner de sa personne ces hommes diffamés et odieux. Mais le précurseur de Celui qui venait rechercher et sauver les pécheurs, ne devait point se conduire d'après l'opinion du monde. C'est pour cela que, loin de les mépriser publiquement, il accueille ces hommes souillés de rapine et d'injustices ; 

au lieu de leur adresser des reproches, comme aux Pharisiens, il ne dédaigne pas de les regarder comme ses disciples, en permettant qu'ils lui donnent le nom de maître.

Que va-t-il leur prescrire, cet homme si détaché, si austère, si dur à lui-même, ce censeur inflexible de tous les désordres ? Va-t-il ordonner à ces pécheurs publics de renoncer sur-le-champ à leurs fonctions viles et déshonorantes ? Leur commandera-t-il de se livrer à une pénitence rigoureuse en proportion du blâme et du mépris qui les rend l'objet de l'exécration générale ?
N'exigez rien au-delà...


Ainsi fit saint Jean-Baptiste à l'égard des Publicains. Pour les rendre dignes de correspondre à la grâce, il ne demande de leur part que de se conformer aux devoirs et aux obligations strictes et rigoureuses de leur emploi. « N'exigez rien », leur dit-il, « au-delà de ce qui vous est prescrit ».
Dieu se plut à bénir cette conduite du Précurseur. Car les Publicains correspondirent au dessein du Seigneur et aux appels de Dieu. Non seulement ils se rendirent dignes d'être admis au baptême de Jean, tandis que les Pharisiens en furent écartés ; mais il s'en trouva parmi eux qui méritèrent d'être comptés parmi les disciples, et même de prendre rang au milieu des Apôtres du Christ. Tels furent Zachée, prince des Publicains, et Matthieu qui était encore à son comptoir lorsqu'il entendit une voix auguste lui donner cet ordre : « Suivez-moi ».